Le restaurateur carcassonnais, propriétaire depuis sept ans du bar à tartine LE-BIS-TROQUET, raconte un confinement qu’il vit comme une nouvelle épreuve.

Ce confinement, en famille ou en solo ?

En solo, chez moi. J’ai quand même la chance d’avoir un extérieur, je ne suis pas le plus mal loti des confinés. 

Qui avez-vous appelé en premier après l’annonce de ce nouveau confinement ?

D’abord mes parents et ma famille, à Marseille. Ensuite mon médecin, qui est un ami, car j’avais mal vécu le premier confinement. Je ne comprenais pas ce qu’il se passait, je ne me sentais pas bien, comme si on m’avait pris quelque chose. Oui, j’avais le sentiment d’avoir perdu quelque chose. J’ai donc éprouvé le besoin de parler de tout ça avec lui, j’avais la crainte que cette sensation se répète.

Justement : pour vous, en quoi ce confinement est-il différent du premier ?

À vrai dire, je le vis encore moins bien car j’ai le sentiment qu’on nous malmène d’annonce en annonce, qu’on ne nous dit pas tout. J’ai besoin de connaître les raisons de ce confinement, le pourquoi et le comment. Au début, je me demandais ce que je ferais si j’étais à la place du gouvernement, je me disais que ça ne devait pas être simple. Mais quand j’ai appris qu’ils fermaient à nouveau les petits commerces et les restaurants, j’ai compris que ces gens ne connaissent rien au terrain. Je le ressens encore plus fortement aujourd’hui car je suis un consommateur de notre centre-ville, je milite pour notre centre-ville, or seuls les supers et hypers restent ouverts. Qu’on limite plutôt leur surface de vente et qu’on nous laisse aussi travailler ! J’ai perdu beaucoup d’argent durant les dix premiers mois de l’année, d’autant que j’ai investi pour acquérir du matériel de protection sanitaire, et là, au lieu de nous encourager à continuer d’être responsable, ou stoppe une nouvelle fois nos activités.

Qu’est-ce qui vous manque le plus aujourd’hui ?

Toute cette part de liberté pour l’instant suspendue. Ça me manque de ne pas pouvoir me rendre chez les uns ou les autres, de ne pas pouvoir aller marcher plus d’une heure… Je sens d’ailleurs que ces restrictions n’affectent pas que moi : les gens sont solidaires mais en même temps beaucoup plus fermés, pas très à l’aise. Certains osent à peine dire bonjour à travers leur masque ! C’est une situation que beaucoup de personnes vivent mal. Du jour ou lendemain on vous dit d’arrêter de vous rendre sur votre lieu de travail, de rentrer chez vous, de ne pas sortir plus d’une heure et pas plus loin qu’un kilomètre… Ça donne le sentiment d’être assiégé. C’est dur à entendre et dur à vivre, et ça l’aurait peut-être été un peu moins si on avait mis tout le monde sur un pied d’égalité.

Comment tuez-vous le temps ?

Je fais de la cuisine pour essayer de m’occuper. J’ai relancé la vente à emporter, ce qui me permet de travailler tous les jours. J’ai cinq, six ou sept clients quotidiens et des amis qui me soutiennent, je ne gagne pas ma vie en faisant ça, mais ça me libère l’esprit. Et puis, c’est ce que j’aime faire !

Votre série, votre lecture du moment ?

Je m’évade dans mon jardin et dans mes bouquins de cuisine, où je trouve l’inspiration.

Votre menu préféré ? Celui qui vous met du baume au cœur ?

Mes menus sont toujours différents. Là, par exemple, j’ai cuisiné un hachis parmentier à la joue de bœuf, que j’ai fait cuire chez moi pendant six heures. Il y a aussi la crème de butternut, les desserts… Plus globalement, j’aime les recettes qui me font renouer avec les goûts et les saveurs de ma jeunesse. Ça me permet de régaler mes clients tout en retrouvant une source de réconfort.

Si je vous dis “Noël, cette année…”, vous me répondez quoi ?

Je ne suis pas un grand fan de cette période, mais j’ai l’habitude de fêter Noël avec des amis. Noël, c’est l’esprit de fête et de partage… mais cette année, je ne sais pas comment ça va se passer. C’est l’expectative.

Si je vous dis “Ce Covid, alors…”, vous me répondez quoi ?

C’est un problème à prendre au sérieux, car ce virus tue des gens et beaucoup de personnes tombent malades. Ce n’est pas rien, mais nous allons manifestement vivre avec le Covid pendant encore un certain temps, et on ne pourra pas continuer indéfiniment en entendant dire tout et son contraire. Pour ma part j’essaye d’exister, je me dis qu’il faut continuer. Car la vie, elle, continue.

Source sur l’indépendant

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