Paroles du front. Ils et elles vivent le tsunami Covid-19 au cœur de l’hôpital de Perpignan. Médecins, infirmier(e)s, aides-soignant(e)s, cadres de santé ont réinventé leurs services, leurs métiers, leurs relations pour combattre la pandémie 24h sur 24. Ils ont changé de fonctions, de statuts, parfois, pour nous soigner. « L’hôpital a fait front », confessent-ils. Au prix d’une solidarité qu’ils ne veulent pas oublier alors que la vague s’apaise depuis une semaine. Confidences. 

Isabelle Roigt, rhumatologue : « J’ai été marquée par la brutalité de cette pandémie »

« J’avais déjà vécu l’explosion d’AZF à Toulouse, je pensais que je ne vivrai cela qu’une fois dans ma vie… Ce qui m’a le plus marquée est la brutalité de cette pandémie. Mais, l’hôpital de Perpignan a su faire front. Il faut dire en préambule que nous avons été parfaitement préparés par les membres du SMIT (service des maladies infectieuses et tropicales). Pathologie, hygiène, traitements, actualisations des données, tout a été parfaitement réalisé. Un document était mis à jour toutes les 48 heures. Nous n’avons donc jamais souffert de l’incapacité de traiter. C’est essentiel pour un soignant. Oui, nous avions tous un petit pincement au cœur les premiers jours, mais nous avons toujours été bien protégés, les procédures établies étaient respectées. Dans l’épreuve, on s’est découvert, redécouvert collectivement. Une réelle solidarité est née que j’espère l’on conservera. Je me souviendrai de ces familles au téléphone, inquiètes, dans l’incapacité de voir leurs proches, mais elles ont joué le jeu sans faire le forcing pour venir coûte que coûte. Je pense à cette personne âgée qui appelait tous les jours pour avoir des nouvelles de son mari. Touchante et digne ».

Sylvie Soulère, aide soignante : « Le Covid a changé nos vies »

« Je travaille au SMIT où nous avions vécu l’épisode H1N1, mais il n’avait pas été aussi intense et long que le Covid-19. Je faisais les mêmes gestes du quotidien, mais ces gestes étaient multipliés, répétés pendant toute la journée dans chaque chambre, pour chaque patient. Comme nous étions tout le temps masquées, vêtues de surblouses et charlottes, c’était gênant, déstabilisant, angoissant pour les patients, nous leur parlions beaucoup pour les rassurer, car nous devions, tant que possible, garder nos distances. Il fallait conserver cette relation humaine avec les patients. Les moments où l’on voyait l’un d’eux partir en réanimation ou en revenir resteront gravés dans ma mémoire. Nous n’avons jamais manqué de matériel, l’encadrement nous briefait à chaque étape de la prise en charge, de l’évolution des pathologies et du nombre de patients. Le Covid a changé nos vies. C’est quelque chose que l’on ne vit qu’une fois et cela a créé des liens entre nous ».

Elodie Valette, cadre de santé : « On a fait bloc »

« Pour cette pandémie, nous étions bien sûr un service (le SMIT) identifié, on a pu assister à la montée en charge, à la réorganisation, chaque jour, il a fallu s’adapter, chaque jour était une nouvelle expérience. Ma mission était de m’occuper du matériel nécessaire en collaboration avec la logistique et le magasin de l’hôpital. On a réussi ensemble. On n’a pas toujours été livrés aux moments prévus, mais on a réussi à ne pas manquer. Il fallait veiller au respect des mesures d’hygiène spécifiques et nouvelles pour beaucoup, informer et répondre aux questions des équipes qui devenaient des services Covid. On a fait bloc. Dans l’épreuve, on est porté par l’adrénaline, il faut y aller, on ne se pose pas de questions. Les services duraient 12 heures, de jour comme de nuit, et on n’a pas compté nos heures. On a beaucoup ri aussi, c’est aussi la force d’une équipe, la bonne humeur. Et pour les patients, c’est indispensable. J’ai aussi redécouvert des collègues, renfoncé des liens ».

Myriam Thévenet, cadre supérieure de santé : « Je suis fière de mes équipes »

« Je ferai le parallèle avec un coach sportif. Il fallait affronter cette pandémie en équipe, partir de ce que l’on savait faire et conserver un temps d’avance face à un adversaire plutôt virulent. Garder ce coup d’avance en restant attentif à ce qui se passait ici et maintenant. Il a fallu en un vendredi soir changer toute l’organisation de travail, placer d’autorité tous les temps de travail à 12 heures, jour et nuit. Et tout le monde a dit OK. Ce n’est pas simple pour une population majoritairement féminine, avec des vies de famille, des emplois du temps serrés, mais tout le monde a répondu présent. On a réorganisé le service médecine générale en service Covid, pour cela on a sans cesse informé, communiqué, partagé ce que l’on savait et ce que l’on ne savait pas. J’avais vécu l’accident de Millas, l’effondrement d’une passerelle sur un chantier naval à Saint-Nazaire, donc un afflux massif de patients sur un temps T, mais là, il a fallu durer sur la distance. Nous n’avons pas baissé la garde. Une des leçons, c’est que l’on ne peut rien faire les uns sans les autres, chaque service, chaque soignant a pris sa part. Il ne faudra pas l’oublier pour le futur de l’hôpital. Même si des services comme la réanimation sont plus mis en avant, tous les services ont pris leur part du combat. Je suis fière de mes équipes, j’ai découvert des gens dans l’épreuve, chacun mobilisé, donnant tout et restant malgré tout à sa place, attentif aux autres ».

Isabelle Rumeau, cadre supérieure de santé : « On a fait le job, c’est tout »

« On s’est jeté dans la bataille d’entrée de jeu, on s’est mis en ordre de bataille. On a ouvert nos services à d’autres pathologies, pas dans nos cœurs de métiers, nous avons instauré d’autres horaires, nous sommes tous passés en mode Covid. Des infirmières se proposaient pour aider les aides-soignantes. Il y a eu un élan Covid. Nos métiers sont habitués à la crise, mais là, c’était irréel. Sans cesse dans l’urgence, on découvrait des symptômes, des pathologies, des actes, on avançait avec le virus. Il a fallu libérer nos bureaux, improviser des open spaces dans des lieux jamais prévus pour cela. Il fallait gérer l’humain, guetter les signes d’usure, de fatigue, de blues chez les autres. Et puis on vit tout le temps Covid, prendre sa voiture après le service dans les rues désertes est oppressant, la radio ne parle que du Covid, à la maison aussi… On vit Covid 24 h/24. Même dans les services qui conservaient leur activité comme l’oncologie, la gériatrie, l’hématologie, la mobilisation était totale. Même s’ils étaient plus isolés, presque en autarcie, mais ils ont tout donné aussi. En gériatrie, les visites des proches étant interdites, il a fallu être encore plus présents et parfois accompagner seuls des fins de vie. Aujourd’hui, le retour vers la normale est plus long que le passage en mode crise. Nos services n’ont pas encore retrouvé leurs activités habituelles, l’hôpital est encore en plan blanc. Il faudra garder cet élan de solidarité pour plus tard. Plein d’idées sont nées au cœur de la crise, beaucoup de personnes ont été sources de proposition. Bien sûr, tous les remerciements de l’extérieur nous ont fait du bien, mais nous avons cette capacité de résilience. On a fait le job, c’est tout. Et on le refera. Avant cela, on disait que l’hôpital était essoré et là, il nous a manqué de l’eau. Peu nous écoutaient alors ».

Romain Ghommidh, infirmier : « On aime soigner »

« Je garde cette image du premier patient accueilli. Nous étions prêts, sans savoir vraiment. Le SMIT nous a bien formés, mais nous n’avions jamais effectué ce travail. On a avancé dans le feu de l’action. En pneumologie, je suis habitué aux pathologies respiratoires, mais je n’avais jamais vu cela. L’état des patients évoluait sans arrêt. Un patient semblait stabilisé, une demi-heure plus tard, il était en phase aiguë. C’était irréel. Il y a eu beaucoup d’entraides, de bienveillance entre soignants et entre services. Nos cadres ont fait que l’on n’a manqué de rien. Les internes se sont mobilisés jour et nuit. C’est la première crise de ce type que je vis, c’est aussi pour vivre ça que l’on fait ce boulot. On aime soigner ».

Source sur l’indépendant

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