Interdits de déballage par des “décisions municipales à la criée” comme ils disent, pénalisant principalement les commerçants non alimentaires, les marchands ambulants des Pyrénées-Orientales menacent de passer à l’action. Des opérations coup de poing contre les mairies, les grandes surfaces, la préfecture.

Le confinement a laissé des familles entières aux abois. En détresse. Or, “la faim fait sortir le loup du bois”, martèle le porte-parole de ces milliers de professionnels non sédentaires qui animent généralement à l’année les marchés de plein air du département. 1 700 à 2 000 commerçants pour les Pyrénées-Orientales, dont 70% sont totalement à la rue, complète Bernard Dagand. En colère, le président des Marchés de France Pays Catalan mobilise des troupes prêtes à mener des actions de force surprise. La guerre est déclarée. Entretien.

Le 11 mai a sonné la réouverture de tous les commerces ainsi que des marchés dans le respect des consignes barrières sauf, dénoncez-vous, pour les marchands ambulants non alimentaires. Pourquoi de très nombreux maires vous interdisent-ils de déballer? 

Bernard Dagand : Ils s’enterrent, ils font les morts, la sourde oreille. Ils ont la trouille. Le Premier ministre Edouard Philippe a annoncé leur donner le plein pouvoir pour déconfiner le négoce sous l’autorité des préfets, mais les élus se cachent derrière l’Etat. On a beau les interpeller, ils ne bougent pas, ils montrent une volonté manifeste de ne rien faire. Juste accueillir au minimum les collègues qui font de l’alimentaire parce que, paraît-il, les Français sont affamés ! Les autres commerçants doivent se contenter de mourir de faim. C’est de la discrimination, inadmissible, on est très remontés.

Et vous avez décidé de réagir…

Évidemment qu’on ne va pas se laisser faire. La révolte s’organise. Face au refus de ces maires, nous allons investir les hôtels de ville et les centres communaux d’action sociale pour aller retirer les bons d’achat que les municipalités réservent aux personnes en grande difficulté. Nous en sommes, nous avons besoin de ces tickets pour survivre et eux, ils s’en moquent. Ils nous considèrent comme les dernières roues de la charrette.

Aucune commune ne joue le jeu avec vous ?

Il y en a trois qui acceptent les commerçants de produits manufacturés sur leur marché. Que trois ! Le Barcarès, Port-Vendres et Rivesaltes où lundi dernier on a même pu ouvrir 50 mètres à quelques exposants supplémentaires en respectant bien sur les distances barrières et toutes les consignes d’hygiène. Non, le problème que nous avons avec les élus ce n’est pas une question de place ou de sécurité, nous sommes très vigilants sur les règles, c’est simplement qu’ils ont peur et qu’ils se payent notre tête.

Les maires font la sourde oreille, ils ont la trouille

Comment comptez-vous débloquer la situation ? 

On demande au préfet de leur ordonner de se mettre autour de la table avec nous. Nous sommes des interlocuteurs professionnels, sérieux, nous refusons de devenir des crève-la-faim. Nous réclamons des négociations en urgence pour pouvoir au plus vite retrouver notre gagne-pain. 

Sinon… Vous ciblez les mairies uniquement ?

Ça pétera partout. Des opérations surprises sont prévues pour ne pas dire déjà lancées. À Céret, Collioure, Saint-Cyprien, Salses, Ille-sur-Têt, Elne, à Prades aussi, où le grand Castex n’a pas daigné descendre de son perchoir pour répondre à nos sollicitations, et dans plein d’autres endroits. Les chefs d’équipes sont prêts, je leur ai laissé toute latitude pour passer à l’action. Nous ne lâcherons pas les élus jusqu’aux élections municipales, mais pas que. Nous avons également la grande distribution dans l’objectif et pour finir la préfecture. Les consignes sont claires, on va faire du tintamarre mais pas de pugilat, pas de casse.

La solution passerait par une autorisation d’accueil générale prise par arrêté municipal ?

Il le faut. Aujourd’hui, les maires sont avares d’arrêtés municipaux, ils continuent à y aller au culot en nous faisant dire par leurs services que les commerçants non alimentaires sont interdits, point barre. L’association des maires que nous avons également contactée n’est pas mieux, elle ne lève pas le moindre petit doigt pour nous aider à revenir. Il faut donc que chacun prenne ses responsabilités. En tout cas nous, on va mettre les édiles au pied du mur. La fronde monte et avec l’arrivée des saisonniers qui vont faire le forcing pour déballer même de manière sauvage, je ne donne pas longtemps avant qu’elle s’empare de tout le sud de la France pour gagner l’ensemble de l’Hexagone.

Source sur l’indépendant

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