L’Andorre retient son souffle : son modèle économique repose sur une clientèle étrangère aujourd’hui confinée et sans les skieurs espagnols, français ni anglais, la saison 2020/2021 serait une catastrophe industrielle.

Si le micro-Etat pyrénéen essaie de diversifier son économie, la saison de ski représente toujours de 30 à 40% du PIB, souligne Xavier Espot Zamora, le chef du gouvernement de la principauté enclavée entre France et Espagne.

Outre les touristes, la neige aussi se fait désirer dans les trois stations du pays, Grandvalira, Ordino-Arcalis et Pal-Arinsal, mais des chutes sont prévues ce week-end des 21 et 22 novembre et en fin de mois, à temps pour l’ouverture des pistes programmée cette année le 4 décembre.

Juan Ramon Moreno, le patron de Grandvalira (90% du domaine skiable et première station des Pyrénées), espère un déconfinement côté espagnol pour le pont de la Purisima, du 4 au 8 décembre, qui lance généralement la saison de ski, avec une clientèle venant essentiellement d’Espagne. Mais les restrictions de déplacement en Catalogne jusqu’à la mi-janvier risquent de doucher ces espoirs car les Barcelonais constituent le noyau dur des 8 millions de touristes qui débarquent chaque année dans la principauté.

Panorama gris

“Les Espagnols représentent un peu plus de 50% des skieurs en Andorre, les Français et les Anglais environ 13/14% chacun, mais on a aussi des Belges, des Néerlandais et des Russes. Cette année, on risque de souffrir. On dépend de décisions gouvernementales (sur le déconfinement). La situation est terriblement incertaine”, lâche Juan Ramon Moreno.

Du coup, c’est un “panorama gris” qui pointe à l’horizon, souffle le directeur de Grandvalira qui regrette le “coup de frein au développement” du ski en Andorre. “Et si les Espagnols et les Français ne peuvent pas venir, on ouvrira quand même et on se contentera de la clientèle locale”, assure-t-il. Dans les stations, c’est le grand vide, seuls les techniciens s’affairent. Des protocoles ont été mis au point pour éviter les files d’attente aux caisses et aux remontées. Les skieurs devront porter le masque dans les zones de regroupement, sur le télésiège, et pourront le retirer sur les plus de 250 km de pistes.

Aux portes du Top 10 mondial en nombre de forfaits vendus (1,8 million de journées de ski/an), Grandvalira était sur le point de boucler une saison record l’hiver dernier mais le confinement l’a écourtée d’un mois.

Contrairement à ses voisins, l’Andorre n’est pas confinée. Les commerces et les restaurants sont ouverts avec une limite de deux convives par table, une mesure rigoureusement appliquée.

Un coût économique et social

Le chef de file des commerçants du village du Pas de la Case, Jean-Jacques Carrié, est inquiet: “Tout le monde est inquiet, on ne sais pas où on va. On espère que les Français vont pouvoir venir”. L’Andorre est un paradis des cigarettes, alcools et appareils électroniques détaxés, un concept ski-boutique avec le meilleur enneigement des Pyrénées, mais la machine s’est brutalement grippée en 2020.

Victimes collatérales de la crise, les Sud-Américains, main-d’oeuvre essentielle, sont victimes de la réduction des quotas de permis de travail par les autorités andorranes. Dans la station du Pas de la Case, frontalière de la France, Rodrigo Torres ronge son frein. Arrivé le 13 novembre, ce moniteur de ski chilien alterne saisons de ski dans l’hémisphère sud et nord. “La moitié des Chiliens et des Argentins qui viennent habituellement ont été recalés. Si les gens ne peuvent pas se déplacer, on n’aura pas beaucoup de monde cet hiver. Pourtant, il vaut mieux être ici qu’à la ville”, plaide ce père de famille de 59 ans.

Dans son bureau d’Andorre-la-Vieille, le chef du gouvernement prévient que la crise liée au Covid-19 aura “un coût économique et social qui va se faire sentir longtemps après l’épidémie”. Pour rassurer les touristes, la principauté a lancé une campagne de tests massifs. “Je vais faire un test PCR tous les 15 jours”, confie Alfonso Garcia, un cuisinier espagnol de 50 ans venu de Galice pour travailler dans un restaurant du Pas de la Case, avant de monter dans le camion de la Croix-Rouge qui teste gratuitement la population.

Chaque semaine, 7 à 8 000 tests sont pratiqués, soit environ 10% des 78 000 habitants de la principauté qui compte à ce jour près de 80 morts dus au Covid-19. “Nous sommes le pays qui fait le plus de tests au monde, assure le chef du gouvernement. On aimerait pouvoir ouvrir pour le pont de la Purisima (4-8 décembre) ou au moins pour les vacances de Noël”.

Source sur l’indépendant

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