Alors qu’une étude danoise vient de prouver que les anti-inflammatoires non stéroïdiens n’étaient pas dangereux pour les patients atteints de Covid-19, des universitaires de Barcelone ont décortiqué le processus d’une rumeur devenue vérité après un tweet du ministre de la Santé français, Olivier Véran.

Le 14 mars 2020, alors que la France n’est pas encore confinée, le tout frais ministre de la Santé, Olivier Véran, publie un tweet qui va faire sensation. “La prise d’anti-inflammatoires (ibuprofène, cortisone, …) pourrait être un facteur d’aggravation de l’infection. En cas de fièvre, prenez du paracétamol. Si vous êtes déjà sous anti-inflammatoires ou en cas de doute, demandez conseil à votre médecin.”

\u26a0\ufe0f #COVIDー19 | La prise d’anti-inflammatoires (ibuprofène, cortisone, …) pourrait être un facteur d’aggravation de l’infection. En cas de fièvre, prenez du paracétamol.
Si vous êtes déjà sous anti-inflammatoires ou en cas de doute, demandez conseil à votre médecin.


— Olivier Véran (@olivierveran) March 14, 2020

Tout juste six mois plus tard, des chercheurs de l’université Ouverte de Catalogne située à Barcelone se sont intéressés au parcours de cette information non vérifiée qui s’est avérée… être fausse.

“La désinformation a été une des caractéristiques de la pandémie, ce qui est grave dans un contexte où ces fausses informations peuvent avoir des vraies répercussions sur la santé, rappelle Ana Sofia Cardenal, professeure de sciences politiques et auteure de cette étude catalane et citée par Science et Avenir. Dans certains cas, il s’agissait de ‘fake news’, des fausses informations créées avec le but de tromper le public, mais il y avait aussi des informations non vérifiées, comme l’hydroxychloroquine ou l’ibuprofène, qui n’ont pas comme objectif de tromper, mais qui peuvent avoir le même impact que les infox.”

Les chercheurs barcelonais ont trouvé plus de 800.000 messages sur les anti-inflammatoires entre le 11 et le 28 mars. Puis, ils ont classifié les 25 tweets les plus partagés dans chacune des langues selon la source. “Normalement, ce sont les utilisateurs ordinaires qui aident à propager la désinformation, mais l’information sur l’ibuprofène a été une exception en France, où elle a été propulsée par la source la plus fiable possible, le ministre de la Santé Olivier Véran”.

Aucune source fiable

Olivier Véran est-il responsable de cette fausse information? Les chercheurs catalans ne sont pas aussi affirmatifs puisqu’ils indiquent qu’aucune autre source fiable (y compris les médias) n’a désavoué, ou du moins nuancé cette information, alors qu’elle ne reposait sur aucune base scientifique. Même si, le 15 mars, le ministère de la Santé espagnol démentait le tweet d’Olivier Véran.

Le Ministère de la Santé espagnole dément le tweet d’Olivier Véran qui expliquait que l’ibuprofène pourrait être un facteur d’aggravation du #COVIDー19. “Aucune donnée” ne permet d’établir cela. https://t.co/Y87BMGNnFv

— Vincent Glad (@vincentglad) March 15, 2020

Pour l’université ouverte de Catalogne, l’origine cette fausse info remonte à un message vocal sur WhatsApp, d’origine inconnue, et d’abord diffusé en Allemagne. “Le message disait que cette information venait d’une étude de l’université de Vienne (Autriche), mais cette université a très vite démenti. Ainsi, cela n’a pas été pris au sérieux en Allemagne”. Ça n’a pas été le cas en France:

L’ibuprofène a aussi été victime de sa “réputation” de médicament qui, avant la pandémie, était déjà considéré comme potentiellement dangereux lors d’une infection par l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), suite à une enquête de 2018.

La fausse information semblait donc confirmer les croyances des experts d’où sa viralité. Désormais, les anti-inflammatoires ont été réhabilités. Non, ils ne provoquent pas de formes graves de la maladie.

Le tweet d’Olivier Véran, lui, était toujours en ligne ce 14 septembre.

Source sur l’indépendant

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