Depuis plus d’un mois, l’établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) Saint-Vincent-de-Paul refuse à un maraîcher l’accès à des terres qu’il exploite à titre gracieux depuis neuf ans. Un veto pour raisons sanitaires qui signifie pour l’agriculteur de possibles lourdes pertes.

Un dialogue de sourds. Le feuilleton qui dure depuis plus d’un mois autour de l’établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) Saint-Vincent-de-Paul, à Montolieu, résume la délicate – et ici l’impossible – cohabitation des impératifs économiques et de l’urgence sanitaire au cœur de l’épidémie. Plus d’un mois, donc, qu’Emile Pautou, maraîcher, s’est vu refuser l’accès à l’hectare de terre qu’il exploite dans l’enceinte de l’Ehpad sous le régime du commodat (mise à disposition gracieuse, Ndlr*), depuis neuf ans. Un refus signifié le vendredi 13 mars par la direction de cet Ehpad relevant d’Itinova, groupe d’associations à but non lucratif qui gère 70 établissements en France. À Montolieu, l’association « Santé et bien-être » dirige les lieux, dans un ensemble immobilier propriété des Soeurs de la Charité, dont les religieuses cohabitent avec les résidents de l’Ehpad de 75 lits.

Un Ehpad dont la directrice affichait vendredi 17 avril le simple désir de protéger les résidents du Covid-19, justifiant le refus signifié à Emile Pautou de franchir le portail pour aller sur les terres : « On ne fait pas rentrer les familles, on ne fait pas rentrer les médecins, on ne fait pas rentrer les pédicures. Il n’y a pas de volonté de nuire, mais si j’ouvre le portail, on ne sait pas ce qui peut se passer. Il y a encore tellement d’incertitudes sur la propagation du virus. Nous avons zéro malade et nous faisons tout pour que cela dure. L’agence régionale de santé nous soutient. »

1,5 tonne de fraise à 14 € le kg à ramasser

Directeur du pôle personnes âgées de l’association gérant l’Ehpad, Loïc Rumeau décline la position : « Nous n’allons pas potentiellement mettre en danger des résidents. Nous ne sommes pas dans une guerre de voisinage mais nous avons eu des établissements relevant de notre association où des contaminations sont survenues : vous n’imaginez pas le travail que cela génère et l’effet dévastateur que cela a. »

Des arguments qu’Emile Pautou, conscient de la dimension sanitaire, assure pouvoir intégrer. En se présentant très matinalement, ou en soirée, aux heures où les résidents sont confinés. Des résidents que, précise-t-il, il n’a que peu de chance d’approcher : « Le plus près que je puisse être par rapport au chemin que les résidents et les sœurs empruntent, c’est à 15 mètres. J’ouvre le portail et je suis dans mes champs. » Sur cet hectare qui s’ajoute aux cinq exploités autour du village, une serre de 1 000 m2 (salades, navets,…) et 1 500 m2 consacrées à des fraises. Des fraises qui suscitent son inquiétude, alors qu’approche la maturité : « Il y a 1,5 tonne à ramasser. Et à 14 € le kg de fraise bio, c’est une grosse valeur ajoutée. » Le maraîcher, après avoir sollicité la médiation de la mairie, de la chambre d’agriculture, de la préfecture ou encore de la Confédération paysanne, ne sait plus à quel saint se vouer.

On ne peut pas négocier le prix d’une vie

En cette fin de semaine, la directrice lui a certes proposé qu’un employé de l’Ehpad se charge de la récolte des salades, « et les laisse devant le portail ». Mais, rappelant que ce sont bien 500 salades par semaine qu’il doit produire, le maraîcher peine à saisir comment la solution pourrait être mise en œuvre. Laissant d’ailleurs en suspens l’enjeu économique que représentent les fraises. Une question que Loïc Rumeau dit entendre : « On sait qu’il y a beaucoup d’activités pénalisées. Mais on ne peut pas négocier le prix d’une vie. »

(*) Émile Pautou verse 800 € par an pour une participation à la consommation d’eau.

Source sur l’indépendant

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