L’émission Envoyé Spécial présentée par Elise Lucet a proposé, ce jeudi soir, un reportage sur la gestion des tests par la France jugée trop frileuse et pas assez réactive face à l’urgence de l’épidémie.

La France a-t-elle raté sa campagne de dépistage massif de la population? Dans son avis daté du 26 octobre, le conseil scientifique laissait déjà entendre que le triptyque “tester, tracer, isoler” martelé à la sortie du confinement par le président Emmanuel Macron avait été un “relatif échec”.

Mais ce jeudi soir, l’émission Envoyé Spécial est allée plus loin avec une enquête fouillée sur les ratés des tests avec un constat: le poids de la technocratie française semble avoir freiné la réactivité du pays à lutter contre la propagation du virus.

Des retards dans les résultats préjudiciables

Ainsi, le “tout PCR” a été pointé du doigt. Pilier de la stratégie de dépistage du gouvernement, le test PCR a montré ses limites au mois de septembre où la forte affluence dans les centres de tests a entraîné des retards colossaux pour fournir les résultats. Avec jusqu’à 7 à 10 jours de retard dans certaines parties du pays, le virus a circulé inutilement.

Un prix élevé et des explications… alambiquées

Le coût des tests PCR a également fait bondir nombre de téléspectateurs qui ont enflammé la toile jeudi soir toute comme la manière dont le prix en a été fixé. Ainsi, il en coûte 73,59 euros en France pour réaliser un test PCR. Beaucoup plus cher que nos voisins: 59 euros en Italie, entre 30 et 45 euros en Espagne et 39,40 euros en Allemagne. Au total, la campagne des tests PCR pourrait coûter 2,2 milliards d’euros à la France.

Quant à la manière dont le prix a été fixé, le président du syndicat des biologistes, François Blanchecotte, a livré deux versions dont celle, en off, laissait transpirer une certaine connivence avec le directeur de l’Assurance Maladie, Nicolas Revel, devenu depuis le directeur de cabinet de Jean Castex à Matignon. “On ne peut pas bien décider quand on négocie sur le coin d’une table, dans la panique générale”, ironisait Frédéric Bizard, économiste de la santé qui regrettait que “la France n’ait pas demandé à revoir les tarifs fixés au départ”.

Un problème avec les tests antigéniques?

Le reportage d’Envoyé Spécial relève aussi que les tests antigéniques ou salivaires, qui pouvaient être une alternative au “tout PCR”, ne semblent avoir retenu un intérêt des autorités que trop tardivement.

Ainsi, le 2 septembre, L’Indépendant indiquait que la France avait commandé 5 millions de tests antigéniques au moment où une étude de l’université d’Harvard appelait à miser massivement sur les tests rapides (antigéniques). Or, courant octobre, Olivier Véran, en évoquant ces tests antigéniques “qui peuvent tout changer”, annonçait, un mois et demi après, le même volume de tests antigéniques commandés par la France: soit 5 millions. Depuis la France semble vouloir rattraper son retard et a fait deux commandes pour un total de 25 millions de tests.

Mais alors que l’Italie a commercialisé ces tests antigéniques dès le mois d’août, pourquoi la France a-t-elle pris autant de retard? Devant la caméra de France 2, la présidente de la Haute Autorité de Santé, le Dr Dominique Le Guludec indiquait vouloir “donner les avis les plus ‘secures’ que possible. En matière de santé, aller trop vite est délétère”.

Toutefois, pas d’emballement, les tests rapides, qui donnent un résultat en 10 à 15 minutes et qui coûtent entre 5 et 7 euros, ne seront pas disponibles au grand public. Massivement distribués dans les Ehpad, la HAS entend limiter leur distribution aux sujets symptomatiques. Parce que “si elle a un test négatif, une personne pourrait baisser la garde”, croit savoir le DR Le Guludec.

Cela va à l’encontre, là encore, des préconisations du Conseil scientifique du 26 octobre qui appelle à une “utilisation des tests de diagnostics antigéniques (…) de façon large en dehors des laboratoires de
biologie”.

Le test salivaire montpelliérain ne sera sans doute jamais utilisé

Dernier volet de l’enquête d’Envoyé Spécial, le test salivaire EasyCov mis au point par le chercheur montpelliérain Franck Molina en collaboration avec le CHU de Montpellier. 

Prêt depuis le mois de mai, le test, fiable à 87% après un premier essai clinique, donne un résultat en 30 minutes. Il a l’avantage d’être moins intrusif que le test par écouvillon puisque la salive est prélevée sous la langue avec une pipette.

Depuis mai, le test a reçu, en juin, son autorisation de mise sur le marché et en juillet, Olivier Véran indiquait vouloir l’utiliser à Roissy et Orly. Depuis? Rien. L’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris a demandé un 2e essai clinique avant d’autoriser la commercialisation. Essai qui n’a commencé que ces dernières semaines et ne devrait livrer ses résultats… qu’en fin d’année.

Dans le même temps, ce test est vendu à d’autres pays dont Djibouti… qui a pu rouvrir son aéroport au public en… juillet dernier.

Le test salivaire made in Montpellier ou le symbole d’une politique de dépistage de la France marquée par ses lenteurs dont on n’a pas fini d’entendre parler.

Ce chercheur au CNRS est l’inventeur du #test salivaire pour détecter le #Covid_19.

Avec son équipe, ils sont prêts depuis le mois de mai mais l’histoire semble se répéter. Les procédures s’éternisent. Ce test n’est toujours pas employé en France. #EnvoyeSpecial pic.twitter.com/9TLNOCYHBq

— Envoyé spécial (@EnvoyeSpecial) November 19, 2020

Source sur l’indépendant

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