On les appelle les miraculés du Covid-19. Jean-Charles Moriconi, le maire de Pollestres, est plutôt un véritable ressuscité de la maladie. En deux mois d’hôpital, dix-huit jours de coma artificiel, quatre vaines intubations et une trachéotomie qui le sauve in extremis de la mort, il a réussi à vaincre le virus. Survivre à l’enfer. Jean-Charles Moriconi en témoigne aujourd’hui, en pleine convalescence. Pour alerter sur une prudence et une vigilance vitales. 
 

Un large sourire éclaire ses traits tirés, joues creusées sous un masque chirurgical oppressant. Tandis que d’un pas lent mais assuré, il entrebâille la porte de sa jolie villa des hauts de Pollestres. Encore sous trachéotomie il y a quelques jours, puis rentré à la maison le 31 décembre dernier pour poursuivre sa rééducation en hospitalisation de jour, Jean-Charles Moriconi respire le bonheur de vivre. Impressionnant de volonté, ce courage infini qui lui a permis de mener un combat d’abord passif puis obstinément actif contre la forme mortelle du coronavirus.

“J’ai été diagnostiqué Covid, le 2 novembre. D’un coup la fièvre est montée à 40°, le médecin m’a dit de rester couché, j’ai pris du paracétamol”, raconte le maire de Pollestres. Taraudé par le scénario noir de sa contamination, il repense aux nombreux contacts suscités par sa fonction d’édile fraîchement élu. “J’ai pourtant été très méfiant, j’ai pris mille précautions, masque, gel, distance, mais à un moment forcément il y a eu une faille.”

Le Covid s’y engouffre, frappant plusieurs autres membres de l’équipe municipale. Dès le lendemain 3 novembre, cinq d’entre eux sont testés positif. “On était tous sous doliprane, j’ai fait fermer la mairie le temps d’écarter un éventuel cluster.”  Depuis son lit, accroché à son smartphone, Jean-Charles Moriconi donne les consignes par SMS. Jusqu’au lundi d’après. “On est en fin d’après-midi je m’asphyxie, le docteur revient, ma sat (saturation en oxygène) chute dangereusement, je suis en détresse respiratoire.”

Alerté, le Samu intervient “en tenue de cosmonautes”. L’ancien policier, un sportif gaillard qui ne boit pas, ne fume pas et marche deux heures tous les matins, est évacué vers les urgences de l’hôpital de Perpignan où il est immédiatement placé sous ventilation non invasive (VNI). Sans succès. “Les médecins me transfèrent alors en réa, sous surveillance rapprochée.” Jean-Charles Moriconi y vit une semaine de calvaire. “Je suis sous un masque géant, une boîte de mort, je m’étouffe comme quand on a la tête sous l’eau pendant trop longtemps, je n’arrête pas de sonner pour appeler au secours, le personnel se précipite pour vérifier mon état et me rassurer. Ils me répètent tous que mes poumons vont repartir, j’essaie d’y croire, je m’accroche, c’est abominable.” 

Au bout du supplice la nuit du 16, “dans un immense désarroi”, il entend des bips aigus retentir. Les monitorings et autres appareils branchés sur ce corps qui l’abandonne ont basculé dans le rouge. Un dernier souvenir l’assaille. “Tout le monde s’agite autour de moi, je comprends que je pars, enfin je ne vais plus souffrir…”  Il ignore qu’il est sédaté et plongé dans un coma artificiel qui va durer dix-huit jours. Une éternité pour ses proches qui endurent le martyre à distance. “Ma femme Jöelle a été admirable, ma fille Léa extraordinaire, ma mère, ma sœur, mes amis, Dianel (Daniel Mach, son prédécesseur à la mairie et frère de cœur, NDLR), les gens de Pollestres et tant d’autres, j’ai découvert leur fabuleux soutien en revenant sur terre. C’était le 4 décembre, le jour du lancement des illuminations dans ma ville, un symbole que je ne suis pas prêt d’oublier.”

La réa a téléphoné à mon épouse pour lui mettre un choix sur la table : une trachéotomie ou…

La veille, sans le savoir, Jean-Charles Moriconi va subir une trachéotomie salvatrice. Les quatre intubations pratiquées durant sa sédation n’ayant donné aucun résultat, “la réa a téléphoné à mon épouse pour lui mettre un choix sur la table : soit dire oui à une trachéotomie avec tous les risques induits y compris celui pour moi de rester branché à vie à des tuyaux d’oxygène, soit…” Il s’interrompt, refuse de mettre un mot sur la mort. “Ma vie était suspendue à moins d’un fil et, miracle, je suis là.”  Entre les deux, son réveil est “épouvantable”

“Dans le coma, j’ai vu la mairie de Pollestres qui s’organisait pour mes funérailles, j’ai assisté à mes obsèques au cimetière, j’ai vu ma famille brisée par le chagrin. J’étais perdu, l’impression d’être outre tombe, de devenir fou”.  Incapable de parler, bouger, amaigri de quatorze kilos, il reste 48 heures dans le brouillard. “On m’a attaché pour que je ne m’arrache pas les perfusions, les tubes, les canules et tous les fils, une psychologue a dû venir à mon chevet. Tu sors d’un grand voyage dans le noir, tu te crois mort et tu vis.”  

Quinze jours plus tard, Jean-Charles Moriconi est méconnaissable. Le guerrier corse endormi en lui a resurgi, plus combatif que jamais. “En réa, ils m’ont surnommé Flash Gordon tellement ma rémission est fulgurante.” Au point où le dispositif de ventilation invasive lui est retiré. Et progressivement, il retrouve la voix, la parole, il recommence à manger, à marcher. Le 20 décembre, il quitte la réanimation avec une pensée pleine de gratitude pour “le fabuleux personnel qui a veillé sur moi et notamment deux médecins, Lauriane et Franck”. Conduit au Pôle de santé du Roussillon, il entame une rééducation en hospitalisation continue jusqu’au 31 décembre où les praticiens l’autorisent à sortir. “J’ai récupéré de l’autonomie assez vite, c’est inouï, ça me permet de poursuivre les soins de suite en ambulatoire. Tous les matins, je réapprends les gestes simples de la vie.” 

Le maire de Pollestres se fixe quinze jours encore pour récupérer. Avant de retourner au contact de la population, remonter les marches de la mairie et franchir les portes de la communauté urbaine. Sans plus jamais prendre le moindre risque. “Pour ma vie, ma ville, je serai le messager de la prudence. J’ai eu la chance rare de renaître du Covid, ça n’arrivera pas deux fois.”

Source sur l’indépendant

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