Privés du rituel porte-à-porte de fin d’année – un calendrier contre la pièce ou un petit billet -, facteurs, pompiers et éboueurs des Pyrénées-Orientales se réinventent pour tenter de maintenir la tradition. Les almanachs illustrés sont dans les cartons, prêts à faire recette. “La distribution aura bien lieu, en toute sécurité “, assurent les porteurs spéciaux d’éphémérides, espérant qu’en cette année sous Covid, les étrennes soient encore belles.

Sur la tournée de Marie, environ un millier de boîtes aux lettres à Pollestres, les pinces à linge fleurissent depuis la fin octobre. C’est un message. Codé. La porte ouverte aux étrennes. “Cette année, j’ai prévenu mes usagers en leur laissant un mot qui leur disait que s’ils souhaitaient un calendrier, ils devaient mettre une pince près de leur porte le jour J afin que je m’arrête.” Comme une prise de rendez-vous. Et malgré l’épidémie de Covid, l’astuce fonctionne. “J’ai voulu ce geste barrière en plus des règles qu’on applique pour toutes les remises de courriers recommandés, je mets également un coup de lingette sur chaque almanach avant de les présenter, en me tenant bien sûr à distance, loin”, conforte Marie Cases. Elle est factrice titulaire sur le secteur depuis quatre ans. Suffisamment pour savoir qu’ici la collecte des dons est généreuse.

“L’an dernier, j’ai fait un treizième voire un quatorzième mois en étrennes, en gros deux mois de salaire en trois semaines. Les gens aiment bien les facteurs”, sourit l’employée. Elle connaît les préférences de chaque habitué, en majorité des personnes âgées fans de chatons, de chiots, d’animaux en tous genres comme de paysages ou de photos rétro. Des icônes fièrement épinglées sur le frigo, en pleine cuisine. Ou collectionnées, comme s’en régalent de nombreux fans que Marie chouchoute en passant commande dès le mois de juillet auprès d’une des quatre imprimeries nationales spécialisées, qu’elle paie de sa poche. Dans l’entreprise, la tournée des calendriers reste en effet une initiative personnelle. Au gré de chaque personnel postier, à l’instar de Marie qui se plaît à varier les images. Elle en prend pour tous les goûts. “Je suis serviable, j’aime faire plaisir aux gens et ils me le rendent bien”, témoigne l’agent de la Poste qui réalise ainsi sa distribution à titre privé. 

Pompiers et ripeurs en décalé

À Perpignan comme dans le reste des Pyrénées-Orientales, Marie Cases et ses collègues sont aujourd’hui les seuls à avoir entamé la collecte. Les sapeurs-pompiers, dont les éphémérides constituent l’une des seules sources de financement des cinquante amicales du département, ont prochainement rendez-vous à la préfecture pour encadrer la campagne à venir. “On ne peut plus faire du simple porte-à-porte, le confinement l’interdit, donc on est en train de se réinventer”, réfléchit Jean Garcia, le président de l’Union des pompiers du 66.  Ajoutant dare-dare : “Mais les populations ne doivent pas s’inquiéter, au lieu d’aller vers elles comme on le faisait jusqu’à présent, on s’organise pour qu’elles viennent à nous.” 

Avec un mois de retard maximum, d’ici janvier 2021, les soldats du feu envisagent de proposer leurs almanachs dans les commerces alimentaires de proximité, via un paiement dématérialisé, ou encore dans des points de rencontre sur les places de villes et villages. “Ces calendriers, c’est un lien fort que nous entretenons avec les habitants qui nous préparent des enveloppes, qui nous attendent avec bonheur et solidarité“, s’enthousiasme Jean Garcia, dont les équipes s’apprêtent à présenter dans les 50 000 éphémérides aux quatre coins des P.-O. “Les dons sont notre seule ressource à l’exception des subventions des collectivités. Sans ces apports des particuliers, nos amicales ne pourraient ni survivre, ni faire du social” insiste-t-il, ne serait-ce qu’en pensant aux petits cadeaux du Père Noël pour les enfants des pompiers. Gérald Fabre y songe aussi. Fonctionnaire, affecté aux bennes, chef adjoint du ramassage des ordures ménagères de la communauté urbaine de Perpignan Méditerranée Métropole, le ripeur espère également engranger un petit pécule.

“Depuis que l’euro a raboté les porte-monnaie, on tourne juste à la pièce, sinon on ne serait pas éboueurs, on serait aux Bahamas ! Cette collecte est malgré tout un plus qui nous permet d’améliorer le quotidien, de faire des grillades ou des soirées foot”, concède l’agent. Dans le service, un effectif d’environ 80 collègues, tous participent à la récolte pour ensuite en partager les fruits en interne. Sauf que cette année, chacun le sait, les bénéfices pourraient souffrir de disette sinon du Covid. Dans les cartons, les calendriers 2021 restent en effet suspendus à l’hypothétique déconfinement.  

Source sur l’indépendant

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