(AFP) – Se saluer sans se toucher, masquer la moitié de son visage: inimaginables il y a six mois, avant que ne démarre un confinement de huit semaines inédit dans la vie du pays, ces gestes quotidiens sont devenus la nouvelle réalité des Français.

– Les uns loin des autres…
Des inconnues, il y en a eu beaucoup. Pourtant, dès l’apparition du Covid-19, la distanciation physique s’est imposée comme une mesure barrière indispensable: le virus se transmettant par postillons, il faut limiter nos interactions sociales.

Désormais, le vivre-ensemble se fait à un mètre de distance, minimum. Finies les poignées de main ou la sacro-sainte bise. C’est l’avènement du plexiglas. Se parler, oui, mais sous la “protection” d’une vitre. Une révolution culturelle dans un pays qui baigne dans une “culture du contact et de la proximité”, selon le sociologue tunisien Mohamed Jouili.

Plus que la disparition (temporaire ?) d’un certain mode de vie, c’est, à terme, la perte de repères sociaux, qui effraie. Alors qu’inévitablement, l’épidémie a fait de l’autre un contaminateur en puissance, le retour à la “vie d’avant” sera-t-il encore possible ? De nombreux chercheurs s’interrogent.

– … mais ensemble derrière les écrans
S’il faut vivre à distance, pas question pour autant de se couper du monde extérieur. Un chiffre résume à lui seul cette nécessité : 200 millions, soit le nombre d’utilisateurs quotidiens de la plateforme de visioconférence “Zoom” pendant le mois de mars.

Principalement utilisées pour des réunions professionnelles avant que l’humanité ne se retrouve astreinte à domicile, ces plateformes sont devenues le trait d’union entre la vie d’avant et celle d’après l’explosion de l’épidémie.

Maintenir le contact avec des proches, organiser des “apéros connectés”… d’abord instrument “de mise en relation” avec les autres, elles sont progressivement devenues des lieux de rencontres virtuels. Comme lorsqu’elles se transforment en salles de classe ou en lieux de culte.

– Nouveau paradigme amoureux
Adaptabilité et ingéniosité sont devenus les maîtres-mots de nombreux célibataires qui n’ont pas renoncé à faire des rencontres alors que le contact physique reste banni.

Comme ce trentenaire spécialisé dans la finance qui opte désormais à chaque nouveau rendez-vous pour une “bise garantie sans postillons”, dos contre dos, nuque contre nuque. Ou ceux qui se sont lancés dans la pratique du tantrisme, garanti, là encore, sans contact, selon des témoignages recueillis par l’AFP.

Signe que l’heure est plus à la réinvention qu’à la renonciation, l’application Tinder avait en plein confinement enregistré un record d’utilisation avec plus de trois milliards de “swipes” dans le monde.

– Boom du télétravail
“Honnêtement, avant la Covid je ne suis pas sûr que dans les entreprises privées comme publiques le télétravail avait très bonne presse”, déclarait fin août le Premier ministre Jean Castex, pour souligner le changement de philosophie en la matière.

Utilisé massivement, et avec succès, pendant le confinement, il reste aujourd’hui privilégié par les entreprises et les salariés, encouragés à pérenniser le modèle alors que l’épidémie connaît un rebond.

Un scénario impensable il y a quelques mois dans un pays champion du monde du “présentéisme” et où le bureau reste un élément de lien social et de vivre ensemble.

– Masques et gels : le kit de survie
Son odeur, proche de celle de l’alcool est aujourd’hui reconnaissable par tous. Dans les transports, sur les terrasses de café ou dans les magasins… Le gel antibactérien est désormais le nouveau compagnon des Français.

Avec lui, et peut être plus controversé, le masque, érigé en véritable outil pour éviter un reconfinement total. En tissu ou en plastique, coloré ou neutre, il a envahi les villes françaises, après des semaines de polémique sur son utilité.

“Une contrainte raisonnable” que les Français doivent “accepter pendant un temps”, selon le chef de l’Etat, Emmanuel Macron. Reste qu’il est la cible privilégiée de théories du complot qui continuent de mettre en doute son efficacité.

– A bicyclette
Pour beaucoup d’urbains (mais pas que!), le vélo a été l’une de stars du déconfinement. Contourner métros et bus bondés, se remettre au sport après les trois mois d’isolation… Les raisons peuvent varier mais le succès est indéniable.

Selon la fédération Union sport et cycle, les ventes de vélos ont doublé en mai et en juin par rapport aux mêmes mois de l’année dernière. Un engouement citoyen qui a été accompagné par des décisions politiques. Comme avec la création de nouvelles pistes cyclables dans de nombreuses villes, baptisées “coronapistes”.

Un enthousiasme qui a fait prendre à la France plusieurs années d’avance sur le développement de la pratique cyclable, selon des experts.

– Des modes de consommation renouvelés
Et si la pandémie avait eu un impact (durable ?) sur nos modes de consommation ? C’est ce qu’espèrent les agriculteurs alors que la crise a permis l’accélération du circuit court ou la vente directe et sans intermédiaires, du champs au frigo des Français.

D’autres secteurs comme les cosmétiques ont aussi connu de grands bouleversements. Avec la généralisation du masque, les ventes de rouge à lèvres se sont effondrées. Mais pas celles des mascaras qui connaissent un vrai succès.

Enfin, l’après-Covid signera-t-il le retour dans les salles de cinéma et de théâtre, désertées par les spectateurs ? En attendant, ce sont les plateformes de vidéos à la demande comme Netflix qui tirent leur épingle du jeu. La plateforme reine a gagné 15 millions d’abonnés en trois mois. Du jamais vu.

Source sur l’indépendant

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