Contaminé par le Covid-19 à la mi-mars dernier selon son test PCR, un jeune chef d’entreprise perpignanais a été à nouveau testé positif au coronavirus en ce début novembre. Entre-temps, en juin, son dépistage sérologique avait pointé l’absence d’immunité. Le cas s’avère rarissime dans le monde. Au bilan Kévin Alcaraz, qui se relève à peine aujourd’hui de son deuxième épisode viral, souffre d’une perte totale du goût et de l’odorat. Témoignage.

Le Covid-19 s’acharnerait-il sur certains patients ? La question fait peur. D’autant plus que les études, menées par la communauté scientifique sur la réinfection avérée d’au moins une vingtaine de malades dans le monde, tendent à confirmer l’hypothèse. À Perpignan, un jeune chef d’entreprise y croit absolument. Tests en main. Âgé de 27 ans, Kévin Alcaraz serait un de ces cas rares victimes d’une douloureuse expérience à répétition. Un doublé vécu à 210 jours d’intervalle. “On n’est pas immunisé après avoir attrapé ce virus, non on ne l’est pas du tout”, alerte le témoin en entamant ce lundi 16 novembre sa seconde convalescence post-coronavirus. Sa première remonte à mars dernier. “J’avais été contaminé juste avant le confinement, lors d’un repas chez une amie hôtesse de l’air”, raconte le Catalan, installé depuis peu à Paris.

Une semaine après ce dîner, Kévin Alcaraz se sent terrassé de fatigue. “Je me traînais, j’avais des migraines, la nuit je me réveillais trempé, mais je n’ai pas immédiatement pensé au Covid.” L’idée surgit un matin, avec un symptôme plus sérieux que les autres. “J’allais mieux, j’avais décidé de sortir courir quand mes poumons se sont mis à brûler comme si je venais de faire un sprint. J’avais la respiration coupée, je n’avais jamais été aussi essoufflé.” Le diagnostic de son médecin traitant est sans appel, un test PCR nasopharyngé le confirme. Kévin est positif au SARS-CoV-2.

Le Catalan s’isole dans son appartement. Quinze jours de souffrance à l’appui. “Le moindre effort me déclenchait des douleurs thoraciques, ça me stressait”, confie-t-il, prenant alors son mal en patience à coups de paracétamol, de tisanes et d’huiles essentielles. Jusqu’à un rétablissement total et la reprise d’une vie normale. Empreinte d’une vigilance renforcée. “J’étais complètement guéri mais j’ai fait d’autant plus attention qu’une de mes amies avait contracté une forme encore plus sévère de la maladie. Elle a été hospitalisée une semaine, ça m’angoissait.” Suffisamment pour l’inciter, lui, à réaliser un dépistage sérologique manière de se savoir à l’abri. Or, il n’en est rien. Pratiqué en juin, le test se révèle négatif. “Je n’avais déjà plus d’anticorps ! Mon médecin m’a affirmé que cela pouvait arriver, que je ne devais pas m’inquiéter. Une partie de moi me disait que si je croisais à nouveau le virus, je ne pourrais pas le rattraper, l’autre me disait le contraire.” Dans le doute, le dirigeant restreint sa vie sociale, travaille à la maison, porte un masque dès qu’il sort faire les courses.

“Complètement guéri avant d’être atteint par une forme aggravée de la maladie”

Pourtant, le 6 novembre, il commence à tousser. “En quarante-huit heures, je me suis retrouvé perclus de courbatures, je souffrais de terribles maux de tête derrière les yeux, je suis descendu faire un test antigénique à la pharmacie, je n’avais pas la force d’aller chez le docteur.”  Les résultats tombent dans la demi-heure, le jeune homme est réinfecté par le SARS-CoV-2, après sept mois de répit. Écartant une simple rechute, Kévin Alcaraz affiche une incompréhension totale. Une malchance énorme. “J’ai maintenant une forme aggravée avec des symptômes complètement différents”, assure-t-il. De surcroît frappé d’agueusie ainsi que d’anosmie. Respectivement la perte du goût et de l’odorat. Une lourde peine pour ce professionnel spécialisé dans la création de bougies et de parfums d’intérieurs… “C’est extrêmement perturbant de ne plus percevoir aucune sensation, même si jusqu’à lundi j’étais incapable de travailler, je n’avais qu’une envie, celle de rester assis ou couché.” 

Aujourd’hui, l’état de santé de Kévin Alcaraz s’est amélioré mais il cherche toujours à réveiller ses sens. “Et surtout j’ignore comment la maladie va évoluer. Est-ce que demain elle ne va pas revenir, empirer”, s’interroge-t-il en connaissance de cause. Une seule certitude en tête. Cette fois, il n’attendra pas trois mois pour connaître son degré d’immunité. Mieux vaut prévenir.

L’avis médical: “La réinfection est possible mais elle reste exceptionnelle”

Au Service des Maladies Infectieuses et Tropicales du centre hospitalier de Perpignan (SMIT) dont le docteur Marie Medus est chef adjoint, aucun cas de réinfection n’a encore été décelé. “Ces situations restent très exceptionnelles, elles sont rarissimes à l’échelle du monde, aujourd’hui nous manquons de recul sur ces occurrences”, concède l’infectiologue. Nullement surprise, sinon, par les symptômes décrits par Kévin Alcaraz au vu des résultats de ses tests PCR et antigénique. “Il a présenté des signes cliniques qui correspondent aux conclusions des dépistages, il a développé des formes du virus que l’on qualifie de “peu sévères” dans le sens où son état n’a pas nécessité d’oxygène”, poursuit la spécialiste pas plus surprise par l’âge du témoin. A Perpignan, en ce moment, les hospitalisations comme les 24 réanimations recensées ce mardi soir concernent en effet des personnes “plutôt jeunes, entre 30 et 60 ans, et pour certaines au profil sportif, mince, sans hypertension, diabète ou autres comorbidités”. 

Comme toutes les maladies infectieuses, le SARS-CoV-2 se propage lui aussi de manière différente d’un patient à l’autre. Voire d’une fois sur l’autre. ” Nous n’avons pas d’explications, il y a sûrement des facteurs génétiques qui entrent en jeu mais il nous faudra plusieurs années de recherches pour poser des certitudes “, estime Marie Medus, rappelant qu’une primo infection est en principe censée protéger d’une recontamination. Dans tous les cas, masque, gel, distance… on reste prudent.

C. S.

Source sur l’indépendant

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